Notre région est frappée par une épidémie appelée parfois la maladie ou la fièvre bleue. C’est à dire la chasse à la palombe qui affecte une bonne partie de la gent masculine, et parfois de la gent féminine, tous les automnes. Et ces malheureux infortunés sont nommés « paloumeyres » chasseurs de palombe, mot tiré du vocabulaire occitan.

Aussi Mme Dudoussat a-t-elle suggéré à M. Jacques Gaye de venir à Sauveterre commenter son livre « La passion d’automne » Malheureusement il faisait un temps à ne pas mettre un paloumeyre dehors ce samedi donc l’assistance a été plus que réduite et c’est dommage. Les quelques personnes présentes, assises autour de la table ont échangé leurs connaissances sur ce sujet, donnant ainsi beaucoup de relief à la causerie, car c’était davantage un échange, très instructif au demeurant, qu’une conférence.
08-12-13._M._Gaye.jpg M. Gaye, oénologue résidant à Escoussans, est un passionné de ce sport, il a fait une enquête sur ce sujet qui a duré deux années pendant lesquelles il a correspondu avec ou visité deux cents autres passionnés.



C’est le résultat de cette investigation qui vient de sortir en librairie. Jusqu’ici il n’existait aucun écrit sur cette chasse, hormis celui qu’avait rédigé Gaston de Foix, dit Gaston Phébus, vers l’an 1350. D’après cette étude, qui est une mine de renseignements, les jeunes ne seraient plus tellement intéressés par ce sport, toutefois il semblerait qu’un renouveau s’amorce. Un peu plus du tiers des chasseurs est composé de retraités, ils sont issus de toutes le professions, sauf des professions libérales, la chasse dure une quarantaine de jours et l’aménagement de la palombière aussi appelée cabane, autant ! Certaines sont de véritables résidences secondaires, carrelées, alimentées en eau, gaz et électricité, parfois même équipées de télévision, on cite de cas de certaines munies d’ascenseur ! Il est donc impératif de l’entretenir et la remettre en état tous les ans. En général, ce sport est relativement peu onéreux (sauf s’il faut y inclure la télé, l’ascenseur et autre investissement surabondant), l’âge moyen du « capitaine » est de cinquante quatre ans, quarante quatre pour cent des épouses sont hostiles à cette chasse à cause des longues absences des maris.

En Gironde la chasse se fait depuis la cabane montée sur un pylône ou dans les arbres, dans les Landes c’est la chasse au filet qui est préférée. Pour cela il faut attirer les palombes lors de leur migration, ce qui exige l’élevage de nombreux individus, nommés appelants qui incitent ceux qui passent à se poser. Certains sont dressés pour faire un petit parcours et revenir vers le pylône, entraînant la troupe, d’autres sont attachés aux environs de la cabane, encapuchonnés puis désiquillibrés, ils battent des ailes, trompant ainsi ceux qui passent. Dans plusieurs cantons la chasse au vol est interdite. Cette chasse aurait débuté en Italie il y a fort longtemps, pendant de nombreux siècles elle est restée cantonnée dans le sud-ouest de la France, depuis 2003 un arrêté l’autorise dans soixante sept départements. En Angleterre la reproduction est tellement importante et le nombre de chasseurs si peu élevé qu’il est nécessaire d’organiser des battues pour limiter le nombre d’oiseaux en raison des dégâts causés aux cultures de céréales. Cette chasse est une tradition, un art de vivre et de convivialité, les paloumeyres et leurs invités y passent de bons moments, souvent autour d’une succulente entrecôte grillée en plein vent, sur des sarments de vigne.

Ce compte rendu n’est qu’une infime partie de ce qui a été raconté ce soir là. M. Gaye est très satisfait de lui, s’étant connecté sur le site de la librairie Mollat à Bordeaux, il a appris que la meilleure vente de cette fin d’année au rayon chasse et pêche était détenu par un livre sur la bécasse, le sien vient au deuxième rang. Qui plus est, il prépare avec l’auteur du premier un dictionnaire sur la palombe à paraître l’an prochain. Il ne sera plus possible d’ignorer quoi que ce soit sur les paloumeyres !