10.09.19.JPGIl est vraiment dommage qu’une si petite assistance soit venue écouter M. Chevet, capitaine au long cours, invité par les Amis de l’Abbaye en cette journée du patrimoine 2010, parler d’un héros méconnu de l’histoire de Bordeaux.
Jean Luc Laporte, né en 1796 à Bordeaux, fils d’un chapelier de la rue Saint-Siméon, dans le quartier de la Rousselle, qui est alors le centre du vieux Bordeaux. L’époque est plutôt agitée, la révolution bat son plein, puis c’est l’Empire. Napoléon, ayant grand besoin de reconstituer sa marine, fonde deux écoles de marine à Brest et à Toulon. Jean-Luc y est inscrit et part à Toulon apprendre le métier. L’endroit est idéal pour faire des exercices grandeur nature, l’Angleterre étant loin, sa marine n’est pas trop gênante, ce qui n’est pas le cas à Brest, plus ou moins prisonnière du blocus.
Malheureusement après la chute de l’Empire, Louis XVIII supprime l’école navale, et voilà notre Jean-Luc devenu demi-solde avec toute la rancœur qu’y si rattache. Farouchement bonapartiste, il milite dans les mouvements anti gouvernementaux, après un duel, il est arrêté et conduit à Rochefort. En 1819, de retour à Bordeaux, il s’embarque sur l’Hirondelle, un bateau marchand de la compagnie Balguerie pour se faire oublier. Le bateau arrive en Espagne où il devait faire partie d’un convoi de troupes espagnoles vers les Amériques. L’Espagne traversant des périodes troublées, auxquelles Jean-Luc participe activement ; l’expédition est retardée et finalement annulée.
Après un retour précipité en France et toujours partisan des causes perdues d’avance, il participe de nouveau à des mouvements révolutionnaires. Le complot de Thouars ayant échoué et de nombreux meneurs arrêtés, lui-même rayé des cadres de la marine, il revient à Bordeaux, se marie et devient naturaliste. Il envisage de se lancer dans l’élevage du ver à soie. Il fonde un gymnase avec son frère dans l’église désaffectée de Saint-Siméon, destinée aux jeunes des écoles, mais aussi à ceux des environs qui hantent le quartier en quête de subsistance ou de mauvais coups, cette dernière catégorie est bien heureuse de trouver en ces lieux gîte, couvert et habillement, même s’il faut le payer en subissant une féroce discipline. A cette époque, la marine est en pleine expansion, il y a beaucoup de demande de marins, mais les postulants n’ont pas de formation. Ce qui incite les frères Laporte à transformer leur gymnase en école navale. Les élèves participent aux frais dans la mesure des moyens de leurs familles, les jeunes vagabonds en étant dispensés. Les subventions de la mairie, de la chambre de commerce, du conseil général et de quelques mécènes suffisent pour financer l’école qui a compté jusqu’à quatre cent trente deux inscriptions annuelles.
Mais cette belle entente ne dure pas, les subventions se tarissent, la chambre de commerce reprend à son compte la gestion de l’école et Jean Luc Laporte voit son œuvre lui échapper. Bordeaux a connu un grand développement à cette époque, un peu grâce à cette école, pourtant, Jean-Luc Laporte a été pratiquement oublié. Il est mort le 7 mai 1860.

M. CHEVET.