Hommage à Albert ESCABASSE
Albert ESCABASSE : Un Résistant honoré
Témoignage d’Albert ESCABASSE (FFI33.org)
Je vais avoir 15 ans au mois
de décembre 1940, j'écoute la radio de Londres, le 18 juin de cette année, j'ai
entendu l'appel du général de Gaulle qui m'a bouleversé.
Je vis avec mes parents au lieu-dit "Champagne" à
Saint-Laurent-du-Bois. Nous exploitons une petite propriété viticole à quelques
centaines de mètres de la ligne de démarcation. Nous hébergeons souvent des
prisonniers éva dés, des résistants. Après s'être restaurés (nous n'avons pas
beaucoup de nourriture), ils se reposent et, au petit matin, le long d'un petit
cours d'eau, à côté d'un bois, au lieu-dit "Griffon", nous leur
indiquons où il faut passer pour rejoindre la zone libre. Deux années s'écoulent,
les arrestations dues aux dénonciations par la milice de Pétain se multiplient:
de nombreux résistants sont torturés et fusillés sur place, d'autres races (car
les nazis ne pardonnaient pas aux hors la loi) sont envoyés dans les camps de
concentration, on connaîtra la suite plus tard. Nous changeons d'exploitation,
nous allons habiter dans une ferme à proximité de la ligne. La propriété est
"à cheval" et plus importante. Un jour, un marchand ambulant passe,
il achète des peaux de lapins, il deviendra mon ami. Il s'appelle
"Honoré", je saurai plus tard qu'il était P1 dans le groupe
"Hilaire-Buckmaster". De son vrai nom André Jaubert, il habite dans
la région de Blasimon, je ne me doutais pas qu'il serait, quelques mois plus
tard, un de mes chefs dans la Résistyance et, ensuite, dans l'armée.
A partir de ce moment, je vais entrer dans la clandestinité. Il me demande des
renseignements sur les collaborateurs et les miliciens, je le lui donne. Je
servirai d'indicateur sur les déplacements des patrouilles allemandes pendant
les parachutages. A la fin de l'année 1943, le maire de la commune me nomme
pour partir au S.T.O., c(est au travail obligatoire. Je suis convoqué par les
Allemands, me précise-il, à Bordeaux, cours du Chapeau-Rouge. Muni de papiers
et d'un certificat (soutien de famille et maladie), je pense être relaché; il
n'en rien.
Au moment du départ je ne sais où, je prend prétexte d'aller chercher ma
valise. Une secrétaire française, m'ayant aperçu, cachera ma carte d'identité
qui me sera restituée, par cette même personne, à la fin de la guerre. Je
m'échappe par les petites rues, j'arrive à Tresse Mélac, une cache que l'on
m'avait indiquée, chez le garde-champêtre. Là, il me donne une fausse carte
d'identité au nom de Jean Barbe, qui sera désormais mon nom jusqu'à la
libération. Je reste caché chez lui huit jours. Je repars chez mes parents. Au
petit matin, je franchis la ligne de démarcation, c'est à
Saint-Laurent-du-Bois, le "chemin de la casse". Je vais chez un
cousin à Caubon- Saint-Sauveur qui ne peut me garder que quelques jours, puis à
Lévignac-de-Guyenne, chez M. Landreau. Je resterai près de trois mois chez lui,
il me dit que je vais être dénoncé par une personne qui vient souvent manger
avec nous, le lendemain, j'entends une rafale de mitraillette, il vient d'être
abattu par un maquisard, je dois repartir car des gendarmes français enquêtent.
Je reviens de nuit chez mes parents. Je vais voir mon ami "Honoré"
qui me fait entrer au maquis commandé par le capitaine Barrière. Avec quelques
camarades, nous servons d'éclaireurs. Nous sommes mal armés, quelques
mitrailleuses, de vieux mausers et lebels. Après les massacres de Saint-
Léger-de-Vignague, Blasimon, Mauriac, les nazis commencent à se retirer pour
rejoindre la Normandie. Ils seront retardés par le harcèlement des maquisards.
Le débarquement des troupes alliées,tant attendu, a lieu enfin ! La libération
de la France ne sera effective que le 8 mai 1945 par la capitulation sans
conditions des troupes allemandes.
Au mois d'août 1944, nous sommes rassemblés pour contracter un engagement pour
la durée de la guerre. Versé au 57ème Régiment d'Infanterie, je
partirai au Front du Médoc, puis, les manoeuvres dans les Landes, ensuite les
Alpes-maritimes et, pour terminer, les troupes d'occupation en Allemagne. Au
mois de janvier 1946, je serai démobilisé.
Hélas, combien de jeunes de mon age ne reviendrons pas. Ils seront morts au
combat ou disparus dans les chambres à gaz. Ils n'auront pas eu ma chance.
Hommage sur son action publique lors de ses obsèques par Pierre TEULET
Albert Escabasse, était un homme de conviction, un homme engagé.
Cela l’amènera, très jeune, à moins de 20 ans, à s’enrôler dans la résistance.
Un tel choix, dans une telle période, détermine forcément la vie d’un homme. Albert en restera profondément marqué. Cet engagement l’incitera à prendre plus tard des responsabilités au Sein de l’ANACR dont il deviendra le Président cantonal.
Monsieur Mercadier a développé cette partie de la vie d’Albert.
Albert est né le 24 décembre 1924 à St Laurent du Plan. Ils se sont mariés avec Lucette, en 1952, à Saint Léger.
Annick, sa nièce nous a parlé de sa vie familiale.
Pour ma part, je souhaitais évoquer :
- sa vie professionnelle bien remplie,
- son implication dans la vie associative, puisqu’il fut Président de 2 associations, l’ANACR et la Société de pêche et membre actif du Secours Mutuel,
- et sa longue présence au Conseil Municipal qui témoigne de son dévouement pour sa Commune.
· Sa vie professionnelle il l’a débutée comme facteur sur Puch pendant l’hiver 1956. Tournée à vélo mais aussi à pied, en raison des conditions météorologiques de cet hiver mémorable.
Après diverses embauches en tant qu’auxiliaire, entre autres à Rauzan, il sera titularisé en avril 1967 et devra donc s’expatrier à Paris (c’est encore la règle de nos jours à la Poste) près de 2 ans avant d’être nommé, à Bordeaux-gare (fin 1968), puis à Frontenac (en 1972) et il reviendra à Sauveterre en 1975.
Il y mènera de front, son activité de facteur et l’exploitation de la propriété familiale, dont Lucette, restée à Sauveterre, s’était occupée.
A Sauveterre il fera de nombreuses tournées, Saint Sulpice, Castelviel, entre autres, mais progrès oblige c’était alors à mobylette.
Pour sa dernière tournée, sur le secteur de St Léger, il aura une voiture.
Il prendra sa retraite en 1982, il était ravi de pouvoir bénéficier des lois Mitterand sur l’abaissement de l’âge de la retraite, il pouvait enfin se consacrer pleinement à sa vigne, à laquelle il était tant attaché, et à cette propriété qu’ils avaient agrandie et fait prospérer au fil des ans.
· Impliqué dans la vie de sa commune, Albert sera Conseiller Municipal, sans discontinuer pendant 30 ans, ce qui est assez rare et qui montre combien il était apprécié de ses concitoyens.
Il fut élu pour la première fois à Saint Léger de Vignague en 1959 sur la liste d’Armand Birolet où il succéda à Paul Escabasse, son père.
Ardent partisan de la « Fusion », ce regroupement de Sauveterre, St Léger, Puch et St Romain, qui a enflammé ces 4 communes en 1965, il sera réélu Conseiller Municipal de Saint Léger en 1965 avec Renè Latorre, et votera donc la « Fusion » de Saint Léger avec Sauveterre. Il sera alors élu adjoint pour la première fois.
Il est à nouveau élu Conseiller Municipal, mais de Sauveterre de Guyenne cette fois ci :
- en 1965 et en 1972 avec Robert Barrière
- puis en 1978 et en 1983 avec Jean Lécussant.
C’est lors de son dernier mandat (1983/1989), durant lequel il était Maire-adjoint, que, jeune Conseiller Municipal, j’ai travaillé avec Albert et j’ai pu apprécier son implication et son dévouement.
Chargé de l’Urbanisme et de l’Aménagement de la Commune il a participé activement à l’élaboration du premier Plan d’Occupation des Sols et c’est à lui que l’on doit la couronne de lagestrémias qui entoure encore notre Bastide.
Je relisais dimanche, ses notes, prises lors des réunions de cette Commission Urbanisme et ses comptes-rendus des discussions, qu’il avait eues avec divers pépiniéristes-arboriculteurs pour ces aménagements. Ecriture appliquée, sur un cahier d’écolier, soin du détail, marquant l’intérêt et le sérieux d’Albert dans son engagement public, comme dans toutes les actions où il s’est impliqué.
Albert ne cherchait pas la notoriété mais savait se rendre utile. Ce que je souhaitais souligner aujourd’hui, dans ce dernier hommage, c’est qu’il a toujours mis ses actes en accord avec ses convictions.
Albert, tous ceux qui vous ont connu et qui vous ont apprécié sont là pour vous accompagner. Nous sommes aujourd’hui avec Lucette et votre famille, et nous leur adressons nos sincères condoléances.
